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L'homme au sourire en tranche de pastèque - épisode 49Paris Tribune.fr offre chaque mercredi à ses lecteurs un épisode d'un thriller "comme on n'en fait plus" et une Saga des Isles.La suite des épisodes du Super Maire et de son Privé pour lutter contre la terrible secte aux ordres de Marie-Jeanne.
Avec un ris fendu jusqu’aux oreilles, la planète de la nuit, cette bringueuse invétérée, avait du mal à décoller de l’horizon, sa robe peut-être accrochée à un rameau de fraisier sauvage : la lune étant rousse, on vit qu’elle était pleine. À flanc de colline, se dressait, ou plutôt se creusait, un amphithéâtre de plein air. Les parkings, situés sous la promenade du Goulet, avaient des issues donnant sur ce haut lieu du Chant et de la Danse, chéri d’Euterpe et de Terpsichore.
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Lentement, telle une lave visqueuse et grondante, la foule se répandait dans les travées, chacun cherchant sa place. La scène formait un ovale parfait encadré par plusieurs tribunes, rajoutées pour la circonstance. 200 projecteurs inondaient la vaste scène. Les vestiaires se situaient sous la tribune D.
De l’autre bout de l’île, Taramea suivait la progression de son corps expéditionnaire. Une partie était déjà rendue dans les locaux de la société de gardiennage. Pas un bruit, pas un mouvement ne traduisait la présence d’une compagnie de combat de la Secte. L’autre partie, arrivée par le large, venait tout juste d’effectuer son transbordement. 6 zodiacs, chargés à 15 hommes, partirent de Port Phaéton et s’engouffrèrent silencieusement dans le tunnel reliant les côtes Est et Ouest. Un signal sonore retentit : Mekter décrocha. - 90 des nôtres viennent d’entrer dans le tunnel. - Des nôtres ? Quelle est leur tenue ? - Ben … notre tenue spéciale : noire avec cagoule ! - Bien reçu. Signalez tout mouvement, fit Mekter qui encaissa une poussée d’adrénaline. « Bien joué, Marie-Jeanne ! dit-il à haute voix. Mais… prends garde, un œil noir te regarde ! » Mekter s’attaqua au premier problème. La première compagnie de combat de Taramea s’apprêtait à atteindre les trois enclaves d’où l’assaut allait partir. Il abattit sa première carte. Aussitôt trois diables jaillirent des coulisses, chacun poussé par deux hommes. Chaque équipe mit en œuvre un appareil à souder et les trois portes des sas furent condamnées sans appel. À leur arrivée, les assaillants firent le constat de portes fermées et en rendirent compte à Marie-Jeanne qui ne comprit pas, attribuant ce contre temps à une confusion de clefs. En s’affairant, un assaillant enleva ses gants et machinalement s’appuya sur la porte : elle était brûlante ! Le Chef de section compris alors que les clefs n’y étaient pour rien. Toujours prévoyante, Marie-Jeanne avait fait mettre dans l’équipement une tronçonneuse à métaux.
C’est dans un bruit infernal que les portes furent éventrées et que, des trois sas, s’extirpèrent les commandos, dans un parking rempli de voitures mais vide d’occupants. Le Grand Sondeur, mains moites, front mouillé et mâchoires serrées, eut le sentiment que la partie n’était pas gagnée. Il se tourna vers Marie-Jeanne et dit :
- Nous les écraserons ! - Il le faut ! trancha la Grande Prêtresse d’une voix tendue. Elle aussi avait reçu un choc et se demandait, encore incrédule, comment les portes des sas avaient pu être fermées au nez et à la barbe de ses guetteurs. Et tranquillement, les hommes de main de la Secte investirent le lieu des festivités, riant dans leur barbe de se voir si bien accueillis ! Chacun gagna son poste sur les indications fournies par sa discrète radio portative. Dans le petit immeuble où attendait la seconde compagnie de combat des zombies de la Secte, l’octoplus régnait en maître et l’atmosphère était suffocante. Mekter avait prévu d’isoler le quartier : un message intima l’ordre au fontainier de couper l’eau de toute urgence. Il s’exécuta tandis qu’une pelleteuse de la commune servie par un groupe d’employés commençait à creuser une tranchée en travers de la rue et que les véhicules d’intervention, gyrophares tournant, étaient si mal garés qu’ils obstruaient la voie adjacente. Le Grand Sondeur échangea un regard avec Marie-Jeanne qui ne dit mot : ce deuxième ‘hasard malencontreux’ était de trop. Or, il fallait à tout prix que le deuxième groupe vienne en appui au premier.
Le firman de la Grande Prêtresse fusa :
- Ne vous intéressez pas aux employés communaux ! Laissez vos véhicules ! En petites foulées… Compagnie… en avant ! Et ainsi, les orbites vides, sans un regard pour les ouvriers qui cherchaient en vain la fuite d’eau, le rouleau compresseur des Sicaires de Taramea partit à l’assaut. À quelque distance de là, la fête se préparait. Le Dirigeant sudiste fit son entrée, accueilli par un murmure flatteur, dans l’arène dédiée à Mina, la Muse de la Culture. Il s’installa. Au bout d’un court instant, il alla faire un tour dans les vestiaires afin d’encourager les danseurs et s’éclipsa : Mekter lui avait interdit de voir le spectacle, développant des arguments tels que le Majoral avait dû s’incliner, avec regret. C’est un sosie qui vint prendre sa place, une fois les lumières éteintes et les projecteurs braqués sur la scène. Le Président du Jury des Chants et Danses prononça son traditionnel discours et déclara ouvert le Festival. Tel un flux océanique, le premier groupe occupa le plateau, joueurs à l’écart et danseurs au centre. Spectacle haut en couleurs donné par une chorégraphie de 150 exécutants inondant la scène, ensemble bariolé ondulant avec une grâce infinie. Par le folklore, la Culture s’était maintenue, tel un nageur à la limite de la noyade retenant coûte que coûte son souffle. Puis, à Taiarapu, le folklore était redevenu Culture. Solennellement, l’appel retentit : décibels prenant possession du volume du lieu, le toere frappa, clouant l’assistance sur les travées, appelant du fond des âges une Culture immémoriale, baignant les esprits dans une onde bienfaisante. Un murmure de contentement et de communion, discret mais ferme, répondit à l’instrument : la soirée pouvait commencer. Les tringles des sistres tintaient avec un éclat métallique et, sur cette étrange musique, la Blanche Séléné, dégagée de son repos diurne et d’un réveil froissé, se levait, gardienne tutélaire des plus belles nuits de Gaïa. En hommage, les more se balançaient avec une grâce toute féline. Les chants infusaient l’assistance, se répandant dans les esprits, les façonnant à la Culture.
Tambours de squale roulaient leur train ; ukulélés forcenés jappaient sous des mains obstinées, même chanson, même refrain. Les perles bronze ou argent reluisaient sur les peaux cuivrées, de santal ou de tau zébrées. Les étendards flottaient au vent ; la danse au chant se mariait, d’abord indécise et timide, plus vive ensuite et plus rapide. Crépitements de hanches, enroulements de roulades, grésillements de genoux mettaient les spectateurs aux pieds des artistes. Drapé dans un tapa, le Chef de troupe se désignait aux spectateurs par une ceinture de plumes zinzolines. « Upa Upa Apatoa » : tel était le nom des festivités culturelles de la Zone Sud.
Relire les 48 premiers épisodes de votre thriller, une saga des Isles comme on n'en fait plus, le rendez-vous littéraire de Paris Tribune.fr : épisode 1. R. Gidais, auteur du roman "Les Rets de Taramea".
Mercredi 25 Janvier 2012
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