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Le conte du mercredi

Les aventures de Nini la Petite Souris polynésienne - Episode 23

Paris Tribune.fr

La journée des miracles.



(c) RJD / Ass. Tanumera Hoho'a - Vue aérienne de l'île de Tahiti
(c) RJD / Ass. Tanumera Hoho'a - Vue aérienne de l'île de Tahiti
Plusieurs jours passèrent. C’était le temps nécessaire pour oublier le mouvement de panique qui avait saisi Petite Souris et Petit Tupa à l’orée du bois. Ils avaient fini par rire de leur mésaventure, étant bien conscients qu’ils avaient fui devant les quelques petites épines d’une herbe toute menue !
C’est donc bravement qu’ils reprirent le chemin du bois : on sait ce que la gourmandise peut faire chez les enfants, et à quoi elle peut les pousser. Ils y allèrent plus calmement, signe que chacun avait en lui une petite appréhension qu’il n’avouait pas.
C’est Petit Tupa qui entra le premier dans la forêt : c’était un autre monde, un monde de gourmandise. Un tapis de feuilles appétissantes accueillit les deux amis. Le bruit de leurs pas était étouffé et il leur semblait marcher en pantoufles. L’air était frais, la luminosité moins forte et le soleil jouait tranquillement avec les branches. Les rais de lumière mettaient en évidence la vapeur montant du sol, créant l’univers magique des sous-bois. Les gouttelettes de rosée se servaient du soleil pour faire de l’œil à tous ceux qui passaient et un vent léger jouait à déplacer les ombres. C’était un univers calme et sans danger, semblait-il.
C’est Petite Souris qui trouva la première fraise sauvage, bien mûre, bien rouge, bien charnue. Dressée sur ses petites pattes arrière, elle poussa un petit cri de joie, la cueillit et la dégusta lentement pour accentuer son plaisir. Petit Tupa n’était pas en reste et, avec ses pinces, la récolte allait bon train.
- Regarde : il y a aussi des groseilles !
- Et des framboises !

L’excitation montait et la compétition reprenait. C’était à qui mangerait le plus de fraises, le plus de groseilles, le plus de framboises.
- Et ça : tu as vu ? Un lot de petites billes toutes rouges et luisantes ! Je n’en ai encore jamais mangé !
- Hum, c’est bon ! Un peu dur peut-être, mais délicieux !
Et nos deux amis s’empiffraient, debout d’abord, puis assis et enfin couchés, à la romaine. Que la vie était belle ! Que la forêt était accueillante, que la lumière était douce. Oui, décidément, ils viendraient désormais passer toutes leurs journées de vacances dans ce lieu idyllique. Quel calme !

Ce calme fit soudain place à la tempête lorsque les petits d’homme firent irruption dans ce havre de paix, criant, gesticulant, se bousculant. Petit Tupa et Petite Souris eurent juste le temps de basculer sous un framboisier touffu, le cœur battant la chamade. Armés de bâtons, les petits d’homme se précipitèrent juste à côté du framboisier en frappant furieusement le sol, au comble de l’excitation. Ils s’approchaient, reculaient vivement, parfois sautaient : quelle étrange danse !
Nos deux amis crurent défaillir : ils avaient été découverts et ils allaient être livrés aux jeux cruels des petits d’homme. Allaient-ils être capturés et finir leurs jours dans un bocal ? Allaient-ils être écrasés pour voir comment était un tupa écrabouillé ? Allaient-ils être retenus en otage au bout d’une ficelle ? Tout était possible…
Mais non, la bataille se passait tout près d’eux, mais sans eux ! Le vacarme était assourdissant. Une branche, cassée net, tomba à proximité. Ouvrant précautionneusement les yeux, ils virent les petits d’homme continuer à s’acharner sur un ennemi invisible en poussant des cris de triomphe. L’un d’eux hurla pour se faire entendre :
- Arrêtez ! Attention, écartez-vous !
Petit Tupa regarda, horrifié ; Petite Souris s’évanouit. À l’extrémité de son bâton fourchu, le chef des petits d’homme, lentement, élevait sa prise pour la montrer à tous : un serpent. Le silence se fit.
- C’est une couleuvre ou une vipère ? demanda l’un d’eux.
- Je ne sais pas. La vipère a un ‘V’ sur la tête. Mais son crâne est bien endommagé. Allons la montrer à Papa !
Et la petite troupe prit joyeusement le chemin de la grande maison en brandissant son trophée. Il ne fait jamais bon de tomber entre les mains des petits d’homme, tous les animaux vous le diront.
Petit Tupa, affolé, secoua Petite Souris :
- Réveille-toi ! Réveille-toi ! Ils sont partis !
- Ah oui ? fit-elle d’une voix blanche, encore à demi évanouie.
- Nous l’avons échappé belle : le serpent était tout près de nous et allait nous attaquer par surprise.
Elle se réveilla tout à fait et trembla de tous ses membres.
- Sans l’arrivée providentielle des petits d’homme, nous étions perdus ! Ils ne se doutent pas qu’ils nous ont sauvé la vie …
- Sans le vouloir ! Ne restons pas ici, filons en vitesse !
Petit Tupa se releva avec difficulté, les pattes tremblantes. Chez l’un comme chez l’autre, une sueur froide inhabituelle les fit frissonner.
- Que se passe-t-il ? Je ne me sens pas en forme.
- Moi non plus, j’ai des douleurs aux articulations !
- Ce doit être l’émotion : notre promenade a failli mal se terminer ! Allons, courage ; il faut sortir de la forêt le plus vite possible.
- Je suis si faible … étendons-nous un instant !
- Je tiens à peine debout, j’ai mal partout ; mais il faut partir ! dit Petit Tupa en luttant contre un mal qui l’envahissait.

Et lentement, avec difficulté, se soutenant l’un l’autre, ils essayèrent de fuir ces lieux désormais inhospitaliers. Ils firent trois pas ; les arbres titubaient, les rayons de soleil allaient dans le mauvais sens ... Ils tombèrent, se relevèrent avec l’énergie du désespoir en essayant de progresser. Que la lisière était donc loin ; ils n’y arriveraient jamais !
- Reprenons des forces, proposa faiblement Petit Tupa et il s’écroula.
Petite Souris était désespérée ; elle sentait qu’ils n’échapperaient pas au piège de la forêt. Elle leva les yeux et n’eut même plus la force de s’évanouir : deux gros yeux globuleux la regardaient fixement. Elle avait de plus en plus mal partout et essaya de parler, en vain. Les deux gros yeux globuleux s’approchèrent et elle entendit, dans le brouillard sur lequel elle flottait :
- On m’appelle Tatie Verte Veine. Mes pauvres petits, vous êtes bien mal en point !
- Bonjour, fit-elle dans le coton.
- Comment se portent nos deux gourmands ?
Petit Tupa émergea.
- Bonjour madame, comment savez-vous que …
Il ne termina pas sa phrase, tant il était fatigué.
- Je sais tout, car j’habite dans le coin ! répondit le margouillat. Elles sont bonnes les fraises … elles sont appétissantes les groseilles … elles sont délicieuses les framboises !
- Nous en avons peut-être trop mangé ? hasarda Petite Souris, presque paralysée.
- Oh non ! Les bonnes choses ne font jamais mal ! Mais, les jolis petits fruits tout rouges, tout brillants et tout séduisants cachent leur jeu : c’est du poison !
- Je me sens faible !
- Vous vous êtes empoisonnés l’un et l’autre en dégustant les baies maudites, trop belles pour être bonnes ! Et l’effet de ce poison est d’affaiblir, sauf …
- Sauf … demanda Petit Tupa d’une voix à peine audible.
- Sauf si vous avez l’antidote ! C’est la journée des miracles aujourd’hui : après l’intervention providentielle des petits d’hommes qui vous a évité de finir dans l’estomac du serpent, c’est l’intervention de Tatie Verte Veine qui va vous remettre sur pied en moins de deux !
- Un philtre magique ? vasouilla Petite Souris.
- Mieux ! Une infusion de ma composition que j’ai déjà préparée en vous voyant vous jeter sur ces fameuses baies rouges : n’en mangez plus jamais, c’est un poison violent qui n’a pas d’antidote à la deuxième prise.

Et, lentement, aidés par Tatie Verte Veine qui les soutenait, nos deux amis burent à petites gorgées un breuvage jaune verdâtre. La secouriste s’affairait auprès d’eux, les aidant à boire, essuyant leur bouche, les gourmandant gentiment. Elle ne craignait pas les serpents : les petits d’homme avaient fait un tel raffut que tout ce qui rampait avait fui éperdument.
Allongés dans un rayon de soleil réconfortant, Petite Souris et Petit Tupa reprenaient des forces, le corps couvert d’une large feuille bien propre et bien verte apportée par Tatie Verte Veine.
Le soleil continuait à monter dans le ciel. Une heure passa. Le soleil décida d’entamer la course vers son lit. Les rescapés se sentaient recouvrer leurs forces et reprenaient vie à vue d’œil. Petite Souris demanda si, par hasard, une poignée de groseilles bien juteuses ne complèteraient pas de la meilleure façon possible le traitement de Tatie Verte Veine. La réponse fut sans appel :
- La diète ! Reprenez encore de mon infusion et, ce soir, allez au lit sans rien manger. Si, par hasard, vous oubliez de raconter votre aventure à vos parents, fit-elle en clignant de l’œil, prétextez des leçons à apprendre et gardez la chambre. Une bonne nuit de sommeil achèvera de vous remettre sur pattes !
- Et demain, nous pourrons recommencer à jouer comme avant ? demanda Petite Souris.
- À aller à l’école d’abord, à jouer ensuite, rectifia le margouillat.

Après avoir chaleureusement remercié Tatie Verte Veine et l’avoir couvert de bisous, les deux copains franchirent la lisière de la forêt avec soulagement. Rentrés chacun chez soi, ils ne racontèrent bien entendu rien de leurs aventures, honteux qu’ils étaient d’être incorrigibles, honteux d’avoir été une fois de plus très imprudents. Ils firent une sieste qui se prolongea par une longue nuit. Les parents étaient ravis :
- Nos enfants grandissent : ils ont besoin de beaucoup dormir ! dirent-ils tout attendris. Ils sont de plus en plus raisonnables !

Vous ne manquerez pour rien au monde, chaque mercredi, les aventures de Nini, petite souris délurée vivant sur une île du Pacifique.

Lire les épisodes précédents

Mercredi 3 Mars 2010






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Mercredi 16 Juin 2010 - 08:01 Dernières aventures de Nini la Petite Souris polynésienne

Mercredi 9 Juin 2010 - 09:36 Avant-dernier épisode

Mercredi 2 Juin 2010 - 06:52 La mise au point

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